Extrait de mon dernier livre "Le désir derrière les masques"

Suite à de nombreuses demandes, voici un extrait de mon dernier livre "Le désir derrière les masques" disponible sur mon site.
Je l'intitulerai "Blessures secrètes". Si vous voulez connaître toute l'histoire n'hésitez pas. Contactez-moi...

(…)
Ils suivirent l’autoroute vers l’Est. Après une demi-heure, la route prit de la hauteur. Ils traversèrent d’immenses forêts, sombres et épaisses, puis la route grimpa encore jusqu’au sommet de montagnes caillouteuses.
Puis ils empruntèrent les nationales. La route serpentait au milieu des vignes en terrasse, des villages pittoresques avec leurs églises blanches et leurs ruelles pavées. Ils arrivèrent ainsi au village de Pinhão. Julia se trouvait face à un paysage de carte postale avec la petite ville et ses pentes abruptes, couvertes de vignes et le fleuve Douro.
La jeune femme ne pouvait s’empêcher de s’extasier devant la beauté du décor qui s’offrait à elle.
— C’est magnifique, n’est-ce pas ? demanda Ricardo avec fierté.
Julia acquiesça.
— C’est un village préservé même s’il y a de nombreux touristes. Je vous emmène déguster un vin de Porto dans une quinta dont je connais très bien le propriétaire.
Dans le village, sur la rive nord du fleuve Douro, la jeep de Ricardo se gara sur le parking de la Quinta do Bomfim. Cette propriété vinicole appartenait depuis cinq générations à la famille Symington. Ricardo avait rencontré un jour le propriétaire à Lisbonne et ils avaient sympathisé depuis.
Il fit donc visiter à Julia la cave, l’ancienne cave à vin et une partie du vignoble. Puis il lui proposa de déguster un vin de Porto sur la terrasse de la propriété.
Ils s’attablèrent et profitèrent pleinement de la vue magnifique sur le fleuve Douro. Julia se sentait bien, sereine et il lui semblait que l’homme en face d’elle avait enfin baissé sa garde et était différent, plus naturel.
Soudain, un homme s’arrêta devant leur table. Il était grand, un peu plus vieux que Ricardo, et en ignorant superbement Julia, apostropha son compagnon en portugais. La discussion semblait houleuse entre eux et Julia voyait Ricardo devenir de plus en plus pâle. Un mot prononcé deux fois d’un ton mauvais avait attiré l’attention de la jeune femme. Julia avait fait de l’espagnol à l’école et elle comprenait quelques mots de portugais. Elle était sous le choc. L’homme partit avec un geste de fureur refoulée.
Julia, sidérée, se tourna vers Ricardo. Il était blanc comme un linge. Elle ne savait quelle attitude adopter, mais son caractère entier la poussa à s’inquiéter pour l’homme assis en face d’elle, malgré les conséquences qui pouvaient suivre.
— Ça va, Ricardo ? Vous êtes tout pâle... Qui était cet homme ? Pourquoi vous a-t-il parlé si méchamment ?
Ricardo sembla émerger d’un rêve ou d’un cauchemar. Il regarda Julia d’un air absent puis se ressaisit au bout de longues et interminables secondes.
— Personne. Vraiment personne. C’est le frère d’une femme que j’ai connue au village quand j’étais jeune. Je suis sorti avec elle pour m’apercevoir assez rapidement que c’était une fille de petite vertu et que je n’étais pas son seul soupirant si vous voyez ce que je veux dire. Je l’ai laissée, car je ne désirais pas tomber dans le piège du mariage et élever des bâtards. Son frère m’a toujours reproché de l’avoir quittée, parce que, soi-disant, j’ai fait son malheur et la pauvre fille a très mal fini. Mais je n’y suis absolument pour rien. Je me suis juste dégagé à temps d’une relation toxique.
— Que lui est-il arrivé ? demanda Julia.
— Elle est devenue folle et s’est pendue, répondit laconiquement Ricardo.
Julia garda le silence. Quelle sordide histoire ! Elle regarda à la dérobée l’homme assis en face d’elle. Il retrouvait peu à peu ses moyens et au bout de quelques minutes il agit comme si de rien n’était. Il avait une parfaite maîtrise de lui.
— Si vous le voulez, je vous propose de visiter la gare juste à côté, à cinq minutes. C’est un lieu incontournable du village.
Julia accepta avec plaisir. Elle avait besoin de se changer les idées après avoir été témoin de cette violente altercation. Néanmoins, elle eut du mal à se concentrer sur la beauté des « azulejos » qui garnissaient la façade de la gare. C’étaient de magnifiques mosaïques de couleur bleue retraçant la vie locale et les panoramas de la vallée du fleuve Douro. Elles décrivaient le travail dans les vignes, ainsi que les vêtements et les outils des travailleurs, montraient un aperçu du passé, un monde de dur labeur pour la production d’un excellent vin.
Quelque chose lui trottait dans la tête et n’arrêtait pas de l’obséder. Ricardo lui avait dit qu’il avait quitté la sœur de l’inconnu de la quinta parce qu’il ne voulait pas élever les bâtards des autres. Justement, le mot « bastardo » avait été prononcé deux fois, pas par Ricardo, mais par l’inconnu lui-même. Pour elle, ce n’était pas logique et le ton sur lequel il l’avait crié était si mauvais qu’elle en frissonnait en se souvenant de ce moment précis. Il s’adressait à Ricardo directement en lui jetant ce mot presque à la face.
Ricardo lui avait menti. Le mot « bastardo » ne signifiait pas que Ricardo ne voulait pas élever des enfants illégitimes. Il était visé. Était-ce une insulte portugaise commune ? Ou était-ce plus profond que cela ? Julia s’interrogeait encore quand ils arrivèrent devant la maison de famille des Pires.
(…)